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À lire d'une couverture à l'autre, le dernier numéro du magazine canadien Garden Making avec des articles sur les plantes indigènes ( des questions et des réponses étonnantes), les nouvelles échinacées, les érables de modeste taille pour les petits espaces, l'intégration réussie des bulbes d'automne au jardin, les laitues de fin de saison à semer maintenant et j'en passe!

dimanche 16 juin 2013

Admirons les insectes butineurs!

Suite à des lectures pour ma chronique Agriculture urbaine dans Fleurs Plants Jardins et à une rencontre téléphonique avec Marc Sardi, sympathique chargé de projet Biodiversité urbaine pour Ville en vert, j'ai eu la piqûre pour les insectes butineurs, spécialement les abeilles indigènes. Nous entendons beaucoup parler des abeilles mellifères domestiquées, mais si peu des indigènes qui, comme vous le verrez, méritent pourtant d'être reconnues. Comme la semaine des pollinisateurs se déroule du 17 au 23 juin, je tenais à contribuer quelque peu ici à la reconnaissance de ces insectes dont les services rendus sont précieux.
Lasioglosse par Marc Sardi
Pourquoi se préoccuper des insectes pollinisateurs? 
Parce que nous dépendons largement d'eux pour vivre! Tout porte à croire que leur biodiversité est cruciale pour la sécurité alimentaire et la santé de la biosphère (Bee Biodiversity). Pour comprendre plus précisément l'importance de leur rôle, il faut savoir que la pollinisation est «le mouvement du pollen dans une même fleur ou d'une fleur à autre grâce à un animal, au vent ou à l'eau. Ce transport du pollen dans la fleur ou à travers les fleurs mène à la fertilisation puis à une production de graines et de fruits réussie pour la plante, lui permettant ainsi de persister sur plusieurs générations» (Pollination Guelph). Ainsi, il est facile de comprendre que notre nourriture provient largement de cette pollinisation: il semblerait que nous devons à celle-ci une bouchée sur trois que nous ingérons! Et les meilleurs agents de la pollinisation sont les animaux qui en sont responsables à 90%  À elle seule, cette raison suffit pour nous obliger à mieux les reconnaître et à les protéger: une bonne partie des récoltes de nos champs, potagers et vergers résultent de leur travail.

Qui sont-ils?
Les pollinisateurs regroupent les abeilles, les papillons diurnes et nocturnes, les coléoptères, les oiseaux, les chauves-souris et autres animaux. Toutefois, je préfère m'attarder ici au cas des abeilles indigènes puisqu'elles sont des pollinisateurs très efficaces et pourtant insuffisamment appréciés du public.
Belle dame (Vanessa cardui) par Marc Sardi. 
«Pour leur assistance à la reproduction des plantes, les animaux pollinisateurs sont récompensés par de la nourriture — les éléments nutritifs dont les visiteurs des fleurs deviennent dépendants. Il s'établit ainsi l'une des plus fascinantes relations existant entre partenaires dans la nature (la symbiose). Certains pollens peuvent être consommés par les insectes comme des coléoptères ou transportés par les abeilles mellifères dans la ruche afin de nourrir les jeunes. Mais, de façon plus efficace, des glandes particulières (les nectaires), situées à la base des pétales, des étamines, du pistil, exsudent des gouttes d'un liquide nutritif appelé nectar. Et c'est dans leurs tentatives pour atteindre les nectaires que les pollinisateurs récupèrent involontairement le pollen et le transfèrent sur d'autres plantes.» (La botanique pour jardiniers, Brian Capon)
 Au Canada il existe au moins 800 espèces d'abeilles indigènes et au Québec, elles sont au moins 350 espèces, regroupées en 6 familles sûres. La plupart sont dites solitaires, c'est-à-dire qu'elles ne vivent pas en colonie, ne produisent ni miel ni cire. Ces abeilles solitaires construisent des nids individuels quoique certaines le font près les unes des autres. Une particularité intéressante de ces abeilles est qu'elle ne défende pas leur nid (ou sinon le font contre d'autres abeilles ou guêpes), elles ne piquent pas, à moins d'être prisonnières et leur piqûre ressemble à celle d'un moustique. Elles sont donc inoffensives et pourraient même être prises délicatement sur un doigt!

Megachile. Photo par Rob Cruickshank.
Megachile, une abeille solitaire souvent découpeuse de feuilles.
Photo par Rob Cruickshank.
70% des abeilles solitaires, comme le font parfois les bourdons, nichent et circulent dans le sol, on les dit fouisseuses. Les autres préfèrent se loger dans des cavités aériennes soient des tiges creuses de roseaux, d'arbustes à moelle comme le framboisier et le sureau, ou dans des tunnels préalablement creusés dans le bois par des coléoptères. Certaines espèces comme l'abeille coucou pondent dans le nid des autres: chaque cellule comprenant de la nourriture pour les larves, les larves de l'abeille coucou profiteront de ce garde-manger de miel et de pollen accumulé par leur hôte.
Abeille masquée de la famille des Collétidés. Elles creusent leur nid dans le sol.
Photo par Marc Sardi.
Comment reconnaître les abeilles solitaires?
Comme elles sont inoffensives, il est intéressant d'observer ces insectes avec les enfants. Marc Sardi explique que les abeilles solitaires sont assez différentes des abeilles sociales, qui ont bien souvent l'abdomen brun doré et les barres noires typiques. Les solitaires sont souvent petites et certaines portent des couleurs vives, comme le vert métallique. Les mâles peuvent avoir une touffe de poils blancs entre les yeux.
Agapostémon par Sean McCann.
Une peur qui devrait se transformer en admiration
Marc Sardi travaille activement, comme plusieurs autres acteurs dans ce domaine au Québec, à démystifier les insectes pollinisateurs. Il explique que notre peur des abeilles provient principalement d'un manque d'information à leur sujet. À la suite de l'aménagement d'un jardin pour les pollinisateurs dans Ahunstic-Cartierville, il a vu des collègues d'abord craintifs à l'idée de côtoyer d'aussi près des abeilles devenir finalement intéressés, même emballés. Outiller les enseignants et les parents est donc un des enjeux qu'il croit que nous devons relever. À leur éco-quartier, ils ont d'ailleurs conçu un projet pilote de trousses de pollinisation PolliniMini, lequel reçoit déjà une réponse incroyable des citoyens (pour en savoir plus, cliquez ici). Cette trousse inclut des plantes indigènes pour attirer les insectes butineurs, un nichoir pour abeilles solitaires et un manuel d'instruction.

M. Sardi ajoute que de mentionner la valeur monétaire des services rendus par les insectes pollinisateurs fait bien sûr prendre conscience à la population de leur importance dans nos vies. Heureusement, la poussée d'intérêt pour l'agriculture urbaine entraîne avec elle celle des insectes pollinisateurs dont l'absence verrait aussi celle de nos belles tomates, pommes, courges par exemple. De plus, l'apiculture urbaine est aussi l'objet d'une attention croissante grâce à des regroupements comme Miel Montréal qui démontrent bien l'importance des abeilles même en ville.

Comment les inviter sur votre terrain
Dans les médias, on fait de plus en plus état des problèmes que vivent les insectes pollinisateurs dont les causes sont entre autres les pesticides et la fragmentation et la destruction de leurs habitats. En Amérique du Nord, un déclin alarmant de 95% des populations de bourdons a été observé dans les dernières années. Alors qu'au Québec, peu de recherche éclaire leur situation, malgré tout il est possible de croire que certaines populations d'abeilles indigènes sont également dans un déclin inquiétant. 
Bourdon par Marc Sardi
Afin de les aider, vous pouvez poser quelques actions faciles dès maintenant. En voici quelques-unes.

HABITAT

Nichoirs
Le début printemps est un excellent moment pour placer des nichoirs sur son terrain, mais ne vous empêcher pas d'en installer en cette fin de juin: ils pourraient trouver preneurs. Plusieurs sites internet proposent la fabrication artisanale de nichoirs (voir ici en anglais) et même d'hôtels élaborés. Si le bricolage d'un nichoir ne vous intéresse pas, vous pouvez alors l'acheter chez une compagnie spécialisée dans l'élevage d'abeilles ou de jardinage.

Nichoir dans un bloc de bois avec des pailles insérées dans chaque cavité.
Photo par Marc Sardi.
J'avais moi-même proposé un nichoir dans une bûche dans ma dernière capsule Les p'tits pouces verts, toujours dans le magazine Fleurs Plantes Jardins. Malheureusement, j'avais omis de mentionner qu'il est mieux d'insérer des tubes dans les ouvertures. M. Sardi m'a expliqué que cette précaution vise à protéger les abeilles des parasites qui pourraient leur nuire: en renouvelant les pailles, on évite ce problème. On peut les fabriquer avec du papier parchemin pour la cuisson (comme Reynold's) ou encore une fois s'en procurer dans un commerce spécialiste des abeilles, comme Crown Bees.

Le nichoir dans un bloc de bois franc est intéressant puisque les cellules sont plus espacées que dans un nichoir de tubes assemblés, quoique l'osmie (abeille maçonne plus présente au sud de la province et dans les États-Unis) aime bien ce genre d'endroit. Pour cette construction plus élaborée, je vous réfère à ce texte de Randy Person «Home Made Mason Bee Paper Liners That Work». Tout y est très bien expliqué... mais en anglais. Je viendrai ajouter sous peu une aussi bonne référence en français!

Vous pouvez aussi construire un nichoir en fagots de tiges. Rassemblez plusieurs tiges de vivaces ayant hivernées (comme la verge d'or, la carotte sauvage, la phragmite) ou d'arbustes (comme le rosier, le sureau) de 6 pouces de long (15 cm) et dont l'extrémité porte un noeud. Ne prenez pas de plastique qui inviterait les maladies fongiques. Offrez une variété de diamètres question d'augmenter les chances d'occupation. Coupez les tiges à l'aide d'une petite scie sans les écraser. Sablez l'ouverture au besoin avec une lime ronde. Rassemblez solidement les tiges en un petit ballot dans une conserve, une boîte en bois ou même un carton de lait propre dont le haut a été enlevé (faites en sorte qu'il y ait comme un «petit toit» pour protéger les tubes des éléments). Les tiges ne doivent pas dépasser le contenant. 
Nichoir de fagots de tiges. Image tirée de Terre & Nature.
Le nichoir peut être accroché sur un poteau ou à un arbre, de 2 à 6 pieds du sol (0,6 à 1,8 m). Vérifiez qu'il est solide, car il ne doit pas bouger. L'entrée doit faire face à l'est ou sud-est: les abeilles aiment bien le soleil du matin pour se réchauffer avant leur envol.

Comme nous l'avons mentionné, certains pollinisateurs nichent sous la terre, c'est pourquoi leur offrir un espace de terre dénudée sur votre terrain peut leur est utile.

NOURRITURE
Si vous êtes de ceux qui aiment la variété au jardin et la compagnie des plantes indigènes, bon nombre d'insectes pollinisateurs doivent déjà se plaire sur votre terrain. Il est bon à savoir que certains cultivars  récents aussi magnifiques sont-ils peuvent être stériles et donc peu ou pas nourrissantes pour les abeilles indigènes. Ayez également des plantes de différentes hauteurs et aux floraisons s'étalant du printemps à l'automne. Voici d'ailleurs quelques suggestions sûres d'attirer les insectes pollinisateurs:

Floraisons printanières: le saule discolore, les rosacées comme le cerisier, le poirier et l'amélanchier.
Amélanchier (Amelanchier sp.) par Jasmine Kabuya Racine.
Floraisons estivales: le penstemon hirsute, les lamiacées comme la monarde, la menthe et l'origan, le pois de senteur, l'asclépiade, l'agastache fenouil (hautement attirante), le lantanier, le zinnia, la sauge bleue, la bourrache, l'angélique.
Agastache fenouil (Agastache foeniculum) par Jasmine Kabuya Racine.
Floraisons automnales: la verge d'or, l'aster.
Verge d'or (Solidago sp.) par Jasmine Kabuya Racine.
Aster (Aster sp.) par Jasmine Kabuya Racine.
Lorsque la pelouse se couvre de fleurs diverses comme celles du trèfle, du lierre terrestre et du pissenlit, retardez la tonte question de laisser le temps aux insectes de se nourrir à même ces fleurs. Finalement, il est évident que l'utilisation de pesticides au jardin est à éviter!
Bourdon butinant un pissenlit, Photo par Jasmine Kabuya Racine.
Des initiatives et des des personnes inspirantes
Avec Pollination Guelph, l'université Guelph en Ontario désire être active localement tout en inspirant le monde par le biais de projets de développement d'habitats pour les pollinisateurs. Le site regorge d'informations qui sont toutefois en anglais.

Le site de Resonating Bodies, une communauté basée à Toronto, rassemble des installations multimédias, des projets de sensibilisation et des initiatives d'éducation sur les abeilles indigènes du Canada. À voir, la vidéo de la «cabine d'abeilles» où il est possible d'observer, mais aussi d'entendre de façon amplifiée les abeilles solitaires et les guêpes à divers stades de leur vie (cliquez ici).

Plus proches de nous, des passionnés des insectes pollinisateurs participent à leur reconnaissance. Parmi ceux-ci, M. Sardi nous recommande de suivre Madeleine Chagnon, biologiste et chercheuse en apiculture; André Payette, entomologiste au Service éducatif de l'Insectarium de Montréal; Éric Duchemin, professeur en sciences de l'environnement à l'UQAM et très engagé dans la diffusion des connaissance en agriculture urbaine; et Étienne Normandin, entomologiste fondateur d'AnimaNature. D'ailleurs, ce dernier offrira le mardi 18 juin une conférence  intitulée  «Nos abeilles sauvages en ville: une diversité insoupçonnée en lien avec l'aménagement urbain» à l'UQAM (pour plus de détails, allez ici).

En espérant que ce bref tour d'horizon vous aura donné le goût de protéger et d'observer ces petits travailleurs qui rendent de grands services sur notre planète!

Pour en savoir davantage:
Causes et effets du déclin mondial des pollinisateurs et les moyens d'y remédier, Fédération canadienne de la Faune, par Madeleine Chagnon
- Plantes mellifères du Québec, Agriréseau
- The Xerces Society
- Pollinator Partnership
- Insectarium de Montréal

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