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À lire d'une couverture à l'autre, le dernier numéro du magazine canadien Garden Making avec des articles sur les plantes indigènes ( des questions et des réponses étonnantes), les nouvelles échinacées, les érables de modeste taille pour les petits espaces, l'intégration réussie des bulbes d'automne au jardin, les laitues de fin de saison à semer maintenant et j'en passe!

mardi 30 octobre 2012

Du safran dans mon parterre!

Comment vous dire à quel point j'étais excitée d'apercevoir la fleur du Crocus sativus dans mon parterre il y a une dizaine de jours! Au matin, il ne s'agissait que d'un renflement mauve à peine au-dessus d'un mince feuillage vert foncé strié de blanc. Je pouvais tout de même déjà avoir un aperçu des stigmates orangés impatients de s'exposer. À 10h00, les pétales de soie finement nervurés s'offraient au soleil et les stigmates pendaient mollement, prêts à être cueillis. Car c'est bien à partir de ces filaments couleur de feu d'où nous tirons le fameux safran.

Crocus sativus avec en arrière- plan la graminée Sporobolus heterolepsis 

Toutefois, ce n'est pas avec ma maigre récolte que je ferai une immense paëlla pour la famille! Il m'aurait fallu au bas mot 150 fleurs pour obtenir au moins 1 gramme sec de l'épice! Voilà pourquoi elle vient en tête de liste des épices les plus dispendieuses au monde.


Probablement originaire de Crête, la plante est utilisée depuis 35 siècles et ce particulièrement dans les cuisines grecques, espagnoles et marocaines. Impossible de la trouver à l'état naturel: cette plante est un hybride patiemment obtenu par des producteurs avides d'obtenir de plus longs stigmates.

Cultiver le safran n'est pas sorcier. Ce qui est un exploit, c'est d'en tirer une production rentable! Les cormes nécessitent un sol très bien drainé et fertile. Si notre sol ne correspond pas à la description, il est possible d'ajouter du sable horticole, de la mousse de tourbe et du compost. S'il le faut, surélever le lit de plantation améliorera le drainage. Ce crocus adore également les étés chauds et secs (tiens, tiens, n'est-ce pas ce que nous avons connu au Québec?), mais ne dédaigne pas un arrosage de temps en temps. 

J'ai acheté mes cormes en octobre 2011 chez Veseys et je les ai plantés immédiatement à une profondeur de 10 cm. On recommande toutefois de les planter plus profondément, jusqu'à 15 cm, pour obtenir un safran de plus grande qualité. La plantation peut s'effectuer dès le mois de juin jusqu'à la mi-septembre idéalement. On prendra soin d'espacer les cormes les uns des autres de 10 cm et il semblerait qu'une division de ceux-ci aux 4 ans (à effectuer au mois de juin) serait bénéfique pour augmenter la production de safran.

Au mois d'octobre suivant, les fleurs apparaîtront et on pourra récolter les stigmates parfumés dès qu'on les aperçoit. Pour ce faire, il faut être délicat: on peut tailler la fleur, puis utiliser des pinces par exemple, pour extraire les stigmates. On peut aussi pincer la base des stigmates (le style) de ses doigts (ma méthode) en tentant de ne pas trop perdre de la poudre jaune si aromatique. Le séchage est crucial. On peut exposer les filaments au soleil ou les faire sécher au four à la plus basse température, la porte ouverte, jusqu'à ce que ceux-ci soient légers et s'émiettent facilement. Tout aussi importante, la conservation assure que l'épice nous rendra son arôme en tant voulu: on la conserve dans un contenant hermétique à l'abri de la chaleur et de la lumière jusqu'à deux ans. Il est toutefois recommander d'attendre un mois après la récolte avant d'utiliser l'épice.


Alors que la cueillette de safran est somme toute un petit plus pour les curieux et les gourmands, la fleur demeure une menue beauté éphémère qu'on adore voir vivifier le tapis de feuilles rousses...tout près notre porte. 


jeudi 18 octobre 2012

Les vedettes du bal d'octobre

Octobre est un mois qui peut être surprenant. Nous appréhendons souvent les pluies abondantes qui peuvent s'étirer sur plusieurs jours et les froids humides qui défient les manteaux les plus épais! Assurément, pluie et froid font acte de présence, mais nous parlons peu de ces journées qui s'ouvrent enveloppées de nuages gris, mais dont le soleil finit par transpercer la lourdeur pour jaillir triomphant accompagné de brises étonnamment tièdes.


Et que dire de la métamorphose du jardin! Alors qu'on croyait avoir tout vu de notre «vieil ami», voilà que nos plantes parées comme pour un bal costumé avec leurs parures cramoisies, pourprées ou dorées créent des associations de couleurs extraordinaires, parfois planifiées, d'autres fois inattendues.


Fleur d'Actaea racemosa 'Chocoholic'.
«La rareté du fait donne du prix à la chose» disait Jean de La Fontaine et cela s'applique aux floraisons d'octobre! Peu nombreuses, les fleurs en ces temps-ci sont d'autant plus appréciées pour leur couleur ou leur parfum. Une récente acquisition fait partie de celles qui se laissent désirer juste avant les gels. Mon actée à grappe noire 'Chocoholic' (Actaea racemosa, anciennement Cimicifuga) dont j'avais oublié la floraison tardive s'est dévoilée il y a deux semaines. Petites, blanches à rosée et serrées sur un épi, les fleurs sont délicieusement parfumées. Toutefois, l'atout premier de la plante est son feuillage qui est d'un vert violacé pouvant tirer sur le chocolaté, teintes qui font de formidables contrastes avec les dorés et les orangés. Mon plant est en situation mi-ombragée et plonge ses racines dans un sol drainé, mais jamais sec. Si vous la plantez au soleil, assurez-vous aussi de lui fournir un sol drainé riche en matière organique et qu'elle ne manque pas d'eau.

Je dois me confesser que tout le printemps et tout l'été, ma binette ou mes mains arrachent sans regret les semis spontanés de rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta). Elle peut devenir réellement détestable puisqu'elle se resème abondamment et survit dans la plus mince des fentes du trottoir. Malgré mon acharnement, plusieurs individus hispides échappent à mon radar et lorsqu'ils fleurissent, ma mémoire fait soudainement défaut. C'est que les rudbeckies sont vraiment joyeuses avec leurs pétales jaune citron! Et puis elles ne demandent pas grand-chose, à peine de sol, du soleil tant qu'il y en a et c'est tout pour nous faire un spectacle jusqu'au mois d'octobre! Alors, vous voyez que je capitule en leur disant même merci d'ajouter de la gaité un peu partout. 

Ici la rudbeckie hérissée ne fait pas dans la rareté, elle veut dominer la planète jardin! Contrôlée, elle devient une alliée pour donner de la couleur pendant tout l'été et l'automne.
Verbena bonariensis en compagnie de fenouil
Dois-je mentionner l'une de mes annuelles préférées la verveine de Buenos Aires (Verbena bonariensis) qui est si bien intégrée dans mon décor qu'on la croirait vivace? Au Québec, on l'a adoptée pour sa floraison en pompons mauves qui ajoute allégresse à n'importe quelle association de plantes et sa résistance à la sécheresse. Comme il s'agit d'une annuelle, on peut la démarrer de semis à l'intérieur ou faire comme moi et se casser le dos durant le printemps à découvrir les rejetons éparpillés un peu partout pour les replanter là où bon nous semble. En ce moment, ma verveine danse encore et elle s'harmonise si bien avec les rudbeckies, les fenouils et les graminées.

Un panic érigé (Panicum virgatum 'Rotstrahlbusch') avec à son pied la sauge officinale.
Et d'ailleurs, il serait inadmissible de faire abstraction des graminées. Il y a peu de vivaces qui peuvent se vanter d'être aussi complices d'Éole! Tout jardin se doit d'avoir une graminée juste pour l'effet aérien qu'elle procure à l'ensemble. Mon jardin possède quelques cultivars plus ou moins communs que j'affectionne tous.
Miscanthus sinensis 'Gracillimus' est surtout apprécié pour son fin feuillage. Sa floraison est si tardive qu'elle peut être absente dans les régions plus froides. J'habite la zone 5a où elle fleurit.

Pour l'heure, c'est le roseau de Chine (Miscanthus sinensis 'Gracillimus') qui est en vedette avec sa floraison d'un brun violacé et le calamagrostide de Corée (Calamagrostis brachytricha) avec ses plumeaux rose argenté. J'adore d'ailleurs cette dernière pour la facilité qu'elle a à faire des semis. Au printemps, je coupe les épis, les étale autour du plant, m'assure de ne pas biner de l'été à cet endroit. Lorsque je reviens à l'automne je déniche des petits clones prêts à être transplantés.

Calamagrostis brachytricha fleurit très bien à la mi-ombre. Elle peut aussi fleurir à l'ombre, mais je trouve que les épis s'affaissent trop et qu'on ne peut pas profiter du jeu de lumière que la plante sait offrir.


Également, les sporoboles à glumes inégales (Sporobolus heterolepsis) achetés chez la Pépinière rustique et plantés en 2011 sous le bouleau ont offert une petite floraison. C'est une graminée de croissance lente qui ne craint pas la sécheresse, mais dont la beauté vaut l'attente.
Trois Sporobolus heterolepsis accompagnées du feuillage argenté et laineux de la Stachys byzantina.

Et dans votre jardin, quelles sont les plantes vedettes du bal d'octobre?

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